Rien détonnant donc si M. De Nemours est aussi frappé par la vue de Mme de Clèves quelle-même lavait été par la sienne : M. De Nemours fut tellement surpris de sa beauté que, lorsquil fut proche delle, et quelle lui fit la révérence, il ne put sempêcher de donner des marques de son admiration. Mme de Clèves a vu M. De Nemours un tout petit peu avant quil ne la voie lui-même, puisque, quand elle la aperçu, il était occupé à passer par-dessus les sièges, avec cette souveraine élégance que lui seul est capable de mettre dans un geste qui chez tout autre pourrait paraître trivial; et, avec quelque désinvolture étudiée quil pût accomplir cette action, il était bien obligé de regarder juste devant lui, sil voulait éviter de saplatir par terre sous les yeux de toute la cour dans un grand bruit de sièges renversés, ce que la romancière ne lui aurait jamais pardonné. Mme de Lafayette a sans doute voulu ainsi donner quelques secondes à son héroïne pour se remettre un peu dune surprise que, sans en avoir vraiment conscience, elle craint certainement de laisser paraître si peu que ce soit. En revanche, M. De Nemours na découvert, lui, Mme de Clèves que lorsquil est arrivé devant elle et quelle lui a fait la révérence pour linviter à danser, et sa surprise nen a été que plus grande. Mais, à la différence de Mme de Clèves, M. De Nemours ne cherche aucunement à la dissimuler. Mme de Lafayette nayant pas cru bon de nous dire de quelle manière il avait su exprimer son admiration, il est difficile de le savoir de façon précise. Tout ce que lon peut assurer, cest quil la fait dune manière suffisamment expressive, voire quelque peu appuyée comme le suggère le pluriel des marques, sans pour autant abandonner si peu que ce soit les bonnes manières. On peut donc exclure toute manifestation empreinte de vulgarité telle que sifflement, claquement de langues, juron ou commentaire plus ou moins trivial comme Tudieu! quel beau tendron! ou Grands dieux! vit-on jamais dondon plus délectable, manifestations quau demeurant M. De Nemours savait fort bien que la romancière neût jamais tolérées. 61 PdC, 303 : Il est temps que vous voyiez le monde, et que vous receviez ce nombre infini de visi M. De Nemours sest enfui dans la forêt et se rend compte que cet aveu lui enlève tout espoir de conquérir celle quil aime. Il éprouve pourtant une certaine fierté daimer et dêtre aimé dune femme si noble. Il commet surtout limprudence de raconter au Vidame de Chartres, lhistoire quil vient de vivre. Il a beau raconter cette histoire en termes très vagues, son compagnon devine que cette histoire est la sienne. Clèves apprend de son côté que celui que sa femme na pas voulu nommer, nest autre que M. De Nemours. Puis en raison de limprudence de Nemours, linformation de vient publique. Ne sachant que ce dernier a été témoin de cet aveu, M et Mme de Clèves se déchirent en se soupçonnant lun lautre davoir trahi le secret de leur discussion. Nemours et M et Mme de Clèves que la fatalité a jeté les uns contre les autres sont alors soumis aux soupçons, remords, reproches et aux plus cruels des troubles de la passion 4. Laveu de la Princesse de Clèves l. 514-806 ; Monsieur de Nemours avait eu bien de la douleur Mercédès Boixareu, Du Savoir damour au dire damour : fonction de la narration et du dialogue dans La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette, Paris, Lettres modernes, 1989. la princesse de clèves rencontre avec le duc de nemours Les trois premières pages de La Princesse de Clèves dans une réimpression de 1689, toujours chez Barbin. Les indications au bas des pages impaires permettent, lors de la fabrication du livre, deffectuer correctement le pliage de la feuille imprimée en 12, puis la reliure : I Part. Indique la première partie, A la première feuille, Aij, le deuxième folio de la première feuille un folio est une page recto-verso. Composé en collaboration avec Segrais et La Rochefoucauld, le roman donna lieu à une enquête publique dans le Mercure galant on appelait les lecteurs à se prononcer: la princesse a-t-elle raison davouer, puis à une véritable querelle littéraire entre Anciens et Modernes à travers la critique de Valincour et la réponse. Vous pouvez également trouver ces documents utiles:….Après avoir évoqué ce que M. De Nemours avait ressenti pendant le reste de la soirée de tout le soir, Mme de Lafayette fait maintenant un petit retour en arrière pour nous ramener au moment où la reine a fait reprendre le bal. Il semble qualors que M. De Nemours sest aussitôt remis à danser, Mme de Clèves, elle, ne lait pas fait tout de suite. Sans doute sest-elle assise, et probablement sur une espèce destrade qui borde la piste de danse puisque le chevalier de Guise se trouve à ses pieds. Quoi quil en soit, le chevalier de Guise, qui a assisté au petit dialogue qui vient davoir lieu entre la reine dauphine, M. De Nemours et Mme de Clèves, a été très attentif à ce qui venait de se passer. Il soupçonne tout de suite que M. De Nemours va être amoureux de Mme de Clèves. Il laurait sans doute fait, quand bien même les circonstances dans lesquelles M. De Nemours la rencontrée, ne lui auraient pas paru suggérer que la fortune le destinait à être amoureux de Mme Clèves M. De Nemours devenant régulièrement amoureux de toutes les plus belles personnes de la cour, il était, somme toute, tout à fait logique de prévoir quil nallait pas manquer de tomber amoureux de celle que tout le monde saccordait à reconnaître comme étant la plus belle de toutes. Madame de Lafayette, La Princesse de Clèves, Paris, Flammarion GF, 2009, 362 p, p. VIII On lira sur ce point comme sur dautres, en particulier sur le statut du mariage dans la prédication, sur lequel je reviendrai plus loin, larticle de Wolfgang Leiner, La princesse et le directeur de conscience, création romanesque et prédication, Papers on French Seventeenth Century Literature, La pensée religieuse et la civilisation du XVIIème siècle, Biblio 17, 13, 1984. Cest Mme de Clèves qui voit la première : elle cherchait des yeux quelquun l.5, elle vit un 43 P. Nicole, op Cit, p. 179 et suiv. : Cette disposition tyrannique i.e. Lamour-propre étant Dautre part, certains éléments viennent installer une situation singulière mais il y a au monde une chose sainte et sublime, cest lunion de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : jai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais jai aimé. Cest moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. Ce jugement, qui rattache lécriture du roman à une conception du classicisme, une forme danalyse faite déquilibre et de mesure, est, en fait, à nuancer, car lécriture emprunte aussi au baroque et à la préciosité, courants qui sinterpénètrent. Tous les après-midi M. De La Rochefoucauld sassemblait avec Segrais chez M me de La Fayette, et on y faisait une lecture de lAstrée, Portraits de femmes-M me de La Fayette Charles Augustin Sainte-Beuve, 1836, ed. 1869, page 286 la princesse de clèves rencontre avec le duc de nemours date de sa parution. Cest pourtant une parvenue qui la écrit, la princesse de clèves rencontre avec le duc de nemours La Princesse de Clèves se caractérise par une attitude extrêmement pathétique. Sa tristesse, en premier lieu, est traduite par ses larmes comme le montre le complément du nom : visage couvert de larmes. A celle-ci, sajoute un langage corporel qui traduit son affliction en témoigne le gérondif : en se jetant à genoux. Mais cest également par son discours que la princesse met en évidence le pathos de laveu. Nous pouvons relever un champ lexical de la souffrance même si elle reste maîtrisée : périls, dangereux, pitié. De plus, la Princesse regrette sa solitude et labsence de sa mère : si javais encore madame de Chartres pour aider à me conduire. Le Prince se caractérise également par une grande tristesse. Les questions quil multiplie révèlent son désespoir et sa jalousie ce qui concourt à le rendre terriblement humain : Et qui est-il, Madame, cet homme heureux qui vous donne cette crainte? Depuis quand vous plaît-il? Qua-t-il fait pour vous plaire? Quel chemin a-t-il trouvé pour aller à votre cœur? Cest grâce à un bref passage à la focalisation interne: il pensa mourir de douleur que la narratrice exprime son désarroi. De plus, ses propos suscitent la pitié. L impératif, au début de son intervention : Ayez pitié de moi traduit sa tristesse puisquil implore sa femme de ne pas le faire souffrir davantage. De nombreuses hyperboles mettent en lumière sa souffrance : une affliction aussi violente quest la mienne, jai tout ensemble la jalousie dun mari et celle dun amant. Il est le personnage qui émeut le plus le lecteur : il subit un aveu qui le déchire et quil ne maîtrise pas. Catel Muller et se sont partagées la partie graphique de cette belle romance. Ainsi, la seconde a illustré le roman en lui-même. Lautrice de Francis Blaireau farceur avec Jake Raynal nous charme par son dessin semi-réaliste. Bien documentés, les décors, les bâtiments et les costumes sont superbes sous ses pinceaux. Les contours épais de ses personnages se marient bien avec les couleurs de Marie-Anne Didierjean. Mme de La Fayette prône le dialogue corporel comme vie de transmission des sentiments : idée que le corps peut trahir lâme : cette fois, vers les débuts de la passion de Henri II, dans les Oliveira confer donc à ce personnage une altérité totalement.