Le coup de foudre! Voilà une métaphore pleine de force, qui implique une idée de violence et de soudaineté! Je la regardais, dabord de ce regard qui nest pas que le porte-parole des yeux, mais à la fenêtre duquel se penchent tous les sens, anxieux et pétrifiés, le regard qui voudrait toucher, capturer, emmener le corps quil regarde et lâme avec lui; puis, tant javais peur que dune seconde à lautre mon grand-père et mon père, apercevant cette jeune fille, me fissent éloigner en me disant de courir un peu devant eux, dun second, regard, inconsciemment supplicateur, qui tâchait de la forcer à faire attention à moi, à me connaître! Elle jeta en avant et de côté ses pupilles pour prendre connaissance de mon grand-père et de mon père, et sans doute lidée quelle en rapporta fut celle que nous étions ridicules, car elle se détourna et dun air indifférent et dédaigneux, se plaça de côté pour épargner à son visage dêtre dans leur champ visuel; et tandis que continuant à marcher et ne layant pas aperçue, ils mavaient dépassé, elle laissa ses regards filer de toute leur longueur dans ma direction, sans expression particulière, sans avoir lair de me voir, mais avec une fixité et un sourire dissimulé que je ne pouvais interpréter daprès les notions, que lon mavait données sur la bonne éducation, que comme une preuve doutrageant mépris; et sa main esquissait en même temps un geste indécent, auquel, quand il était adressé en public à une personne quon ne connaissait pas, le petit dictionnaire de civilité que je portais en moi ne donnait quun seul sens, celui dune intention insolente. Pas confondre la littérature et la vie : davantage de caractéristiques Le son de ce mot million produisit un effet marqué dans la physionomie du docteur. Il nest pas assez impassible pour être bon politique, se dit Lucien. Jamais le docteur navait rencontré de jeune homme élevé au milieu dune grande fortune et absolument sans hypocrisie ; il commençait à être étonné de Lucien et à ladmirer. Bon WE l amie..ici il pleut quelques gouttes..rien de sérieux.. scène de rencontre lucien leuwen scène de rencontre lucien leuwen Quatrième mouvement, émotions confuses de Mme de Rênal, joie et trouble : de Mme de Rênal, de son côté à la fin. Celui-ci, qui cherche une voie pour y investir son enthousiasme naturel, rêve de rejoindre Napoléon mais, quand il y parvient, cest pour assister, sans y rien comprendre, à la défaite de Waterloo. Après léchec politique, cest lamour seul qui désormais peut lui permettre datteindre le bonheur. Fabrice séprend de Clélia, mais sa ténacité a beau être grande, les obstacles se dressent nombreux entre eux; après avoir connu quelques instants dun bonheur intense, les amants sont finalement séparés par le destin et se meurent prématurément chacun de leur côté: elle, mariée contre son cœur, lui, retiré dans la chartreuse de Parme.-Comparaison de deux traductions ce travail peut être approfondi avec un professeur de Lettres classiques : quels sont les enjeux de la traduction? Rester fidèle aux mots mêmes du texte même si cela implique des difficultés de compréhension liées à lécart temporel et culturel? Rendre compte de lesprit du texte? Les deux? Deux ou trois fois, dans ses grandes promenades, Lucien avait rencontré la calèche de madame de Chasteller à plusieurs lieues de Nancy. Jean Goldzink propose de faire un parallèle entre Stendhal et, son contemporain : Le Romantisme très particulier de Stendhal un art de la modernité énergique, de la prose et de lhéroïsme dans les sentiments, qui allie culte de Napoléon et le culte de lamour, lironie et la rêverie, trouve un équivalent pictural plus exact chez que dans lunivers onirique de. Beylisme scène de rencontre lucien leuwen Sur Kartable, lélève peut accéder à toutes les matières dans tous les niveaux de son choix. On a tous des souvenirs de la rencontre de Mme de Rênal et de Julien Sorel, dans le Rouge et le noir de Stendhal. Lintensité de lémotion des personnages : Le rapprochement des personnages semble inévitable et leur attirance irrépressible. Les précisions spatiales sont éloquentes : tout près de son oreille ; fort près lun de lautre ; si près de lui. Troublés par la présence de lautre, envahis par une émotion nouvelle, les deux héros laissent transparaître des traits de caractère quils sefforçaient habituellement de dissimuler. En cela, cette scène peut être considérée comme une épreuve qualifiante : le narrateur suggère que Mme de Rênal fait preuve de réserve devant les hommes. Or, elle prend Julien pour un enfant, elle nhésite donc pas à se rapprocher de lui, à lui adresser la parole, à rire gaiement. Mais Julien nest pas un enfant, il est déjà un homme et, qui plus est, un homme très ambitieux et sensible à son charme. Elle ne perçoit que trop tard linconvenance de la situation. Julien est un ambitieux qui veut contrôler sa vie et échapper par tous les moyens à sa modeste condition sociale. Il a appris à mentir et à manipuler les autres. Cest du moins limage que le lecteur se fait de lui au début du roman. Mais il apparaît ici sincèrement troublé. Je nai jamais eu le talent de séduire excepté les femmes que je naimais pas du tout. Dès que jaime, je deviens timide et vous pouvez en juger par ma gêne face à vous. Tout a commencé en Italie. Lorsque je suis arrivé à Milan, jétais absolument ivre, fou de bonheur et de joie. À la Scala, jai découvert une société chaleureuse, loin de la froideur et de la vanité parisienne. Un soir, le commissaire des guerres pour qui je travaillais ma présenté sa maîtresse, Angela Pietragrua. Jai eu beau lui faire la cour, elle ma résisté. Par dépit, jai fréquenté des prostituées, contacté la syphilis, cette saleté qui ma tant fait souffrir. À mon retour à Paris, jai flirté avec ma cousine Adèle Rebuffel et nai pu mempêcher de coucher avec la mère de celle-ci. Le sourire aux lèvres, jai voulu savoir sil avait songé à se marier. Henri a levé les yeux au ciel, murmurant : DansSouvenirs dégotisme, jai écrit que le mariage et surtout la province vieillissent étonnamment un homme. Les mains jointes, il ma avoué quil avait voulu épouser Victorine Mounier, la sœur dun de mes amis. Sétait consolé avec Mélanie Guilbert, dite Louason, une jeune comédienne dont il sest lassé. À lentendre énumérer ses déceptions sentimentales avec Angelina Pietragrua, favorite du commissaire des guerres pour qui il travaillait à Milan, Wilhelmine von Griesheim, fille de lancien gouverneur de Brunswick, Alexandrine Daru, femme de son cousin, Clémentine Curial, fille de son amie, la comtesse Beugnot ou Alberthe de Rubempré, cousine de Delacroix, je me suis interrogée : ny a-t-il pas un plaisir malsain à être tétanisé par une femme imprenable, à se morfondre? Devinant mes pensées, Henri a reconnu quil se sentait mieux avec les courtisanes et les prostituées, mais quil y a un plaisir délicieux à serrer dans ses bras une femme qui vous a fait beaucoup de mal. Puis il ma longuement parlé de sa passion pour Matilde Dembovski, sa Métilde, un échec cinglant qui la meurtri et quil a voulu sublimer par De lamour. Personne na aussi bien disséqué les étapes de lamour, dis-je toute admirative. De sa naissance à la cristallisation, la mystification, jusquau désenchantement. Vous simplifiez, ma chère, a tiqué Henri. Toujours est-il que je ne suis pas peu fier davoir défendu la libération des femmes, cette vitamine du bonheur. Pleine de reconnaissance, je me suis jetée à son cou. Il cocotait, lhaleine fétide, sest dégagé de mon étreinte, tout transi, badinant : Plus, cest moins, ma petite. Décidément, un grand pudique, pour qui la pudeur prête à lamour le secours de limagination. Un romantique qui aime à cueillir des fleurs au bord du précipice. Dun regard tendre, il ma expliqué quil resterait fidèle à Giulia, son dernier amour. Celle qui lui a donné la force décrire Armance, ce roman sur limpuissance, mais aussi Promenades dans Rome, Vanina Vanini, ce jeu de cache-cache et Le Rouge et le Noir. Elle sest mariée, il lattend toujours. Se morfond à Civitavecchia où il a commencé Lucien Leuwen et Souvenirs dégotisme. Je crains de ne plus avoir la force dachever La Vie de Henry Brulard, ma pauvre chérie, sest-il désolé. Du reste, ces confessions sur mes Je et mes Moi assomment les lecteurs, mais, je reconnais que jai trouvé du plaisir à les écrire. Devant tant de coquetterie, de fausse modestie, je nai pu mempêcher de taquiner mon drôle de compagnon : Ne seriez-vous pas un peu égotiste? Henri sest empourpré, comme un dindon. Après un silence, les cloches sonnèrent midi. Main dans la main, nous avons trottiné au milieu des maisons à arcades trapues, dans ce bourg si calme quil rappelle les villages suisses. Il restaurante Rino proposait des fritures, du fromage de chèvre molto secco. Henri sy est engouffré, a choisi une table près de la cheminée, ma tendu la carte, tout gaillard : Pour moi ce sera un bœuf carottes épinards avec du saint-julien! Indifférent aux clients, il caquetait, fanfaronnait, se riait de nos voisins, trop pédants à ses yeux, des beaux parleurs qui pullulent dans les salons parisiens. Sarcasmes, provocations, boutades : il était soudain en représentation, commediante. Gênée, jai bu un verre, puis deux, pensant à Frank, assez vache : Stendhal est un gros garçon simple, un peu méchant comme tous les gens laids et qui parle avec naturel lorsquil nessaie pas de faire le malin dans les rares salons où il est admis. Piquant du nez, jai pensé quil avait raison, que cet excès venait dun besoin de se mettre en valeur. Et si cétait lui? Sil était lauteur de cette lettre à Mathilde qui manque tant destime de soi? Vous me mettez au désespoir. Vous maccusez à plusieurs reprises de manquer de délicatesse, comme si, dans votre bouche, cette accusation nétait rien. Afin que mon cher ami cesse de faire le guignol, je lui ai lancé : Vous avez dû être ébloui par les chefs-dœuvre dItalie? Le visage dHenri sest éclairé : Dans lart, jai surtout recherché lémotion. Je regarde un tableau comme on admire une femme, jécoute un opéra ou ce bon Rossini, comme une déclaration damour. La peinture que jaime est celle de la magie des lointains, une invitation au voyage. Poussin, par ses paysages, jette lâme dans la rêverie, engage limagination à finir les tableaux. De sa belle voix grave, il ma expliqué que cest en songeant au Corrège quil a créé la Sanseverina, toujours enveloppée dun voile. Soulagée quil ait retrouvé son calme, je me suis dit que lart le réconciliait avec lui-même, ou du moins atténuait la contradiction qui le divisait. Il sest empiffré dune meringue à la crème, plaisantant sur sa gourmandise. Son rire claquait. Quand il a tiré de sa redingote une liasse de billets, jai souri, me rappelant une confidence de Victor del Litto: Stendhal parle beaucoup dargent, de pouvoir. Prenez Lucien Leuwen, cest le roman de la haute finance. Pourtant, il ne possédait rien, il a écrit trente-six testaments qui ne valent pas un clou. Repus, nous avons repris notre promenade, piano piano, clopin-clopant. Absolument, mon cher docteur, comme M. De Gontran ou M. De Berval, qui nexistent pas. Paris ne connaît la noblesse de province que par les discours ridicules des trois cents députés de M. De Villèle. Je ne songe nullement au mariage ; jaimerais mieux pour le moment la prison. Si je pensais autrement, mon père me déterrerait quelque banquière hollandaise enchantée de venir régner dans le salon de ma mère, et fort empressée dacheter cet avantage avec un million ou deux, ou même trois. Ce jeune homme, à son tour, mexaminait dune façon toute différente de celle des autres : il y avait quelque chose de plus sérieux qui se passait entre lui et moi. Les autres applaudissaient ouvertement à mes charmes, il me semblait que celui-ci les sentait ; du moins je le soupçonnais quelquefois, mais si confusément, que je naurais pu dire ce que je pensais de lui, non plus que ce que je pensais de moi. Tout ce que je sais, cest que ses regards membarrassaient, que jhésitais de les lui rendre, et que je les lui rendais toujours ; que je ne voulais pas quil me vît y répondre, et que je nétais pas fâchée quil leût vu. Enfin on sortit de léglise, et je me souviens que jen sortis lentement, que je retardais mes pas ; que je regrettais la place que je quittais ; et que je men allais avec un cœur à qui il manquait quelque chose, et qui ne savait pas ce que cétait. Je dis quil ne le savait pas ; cest peut-être trop dire, car, en men allant, je retournais souvent la tête pour revoir encore le jeune homme que je laissais derrière moi ; mais je ne croyais pas me retourner pour lui. .